2) La musique engagée actuelle : 1990 – 2012

Tout comme pour la France, l’engagement musical aux États-Unis semble avoir fortement diminué depuis la fin des années 80.

Selon certains, cette diminution de l’engagement musical est due à la peur de la censure qui peut se montrer très forte, et le besoin latent de créer des œuvres qui seront reconnues par les médias et par le public, faisant ainsi beaucoup de bénéfices, plutôt que de faire des œuvres à texte qui seraient critiquées.

Comme exemple de la censure suite à un engagement politique, on peut citer les Dixie Chicks, qui ont vu leurs chansons être fortement censurées aux États-Unis suite à une phrase d’une des trois membres, Natalie Maines.

Ce groupe, fondé en 1989 et originaire du Texas, s’est retrouvé critiqué et méprisé après que Natalie aie dit lors d’un concert au Royaume-Uni à propos de la guerre en Irak, en 2003 :

« Juste pour que vous sachiez, nous sommes du bon côté tout comme vous. Nous ne voulons pas de cette guerre ni de cette violence, et nous avons honte que notre président soit originaire du Texas. »

Suite à cette phrase, les radios bannirent les chansons du groupe de leurs antennes, deux présentateurs radio se retrouvant même renvoyés pour avoir passé une chanson des Dixie Chicks. Malgré les excuses publiques prononcées par la jeune femme sur son site internet, les critiques ne cessèrent pas et les jeunes femmes eurent du mal à convaincre à nouveau leur audience. Le public country qu’elles visaient auparavant les a pour la plupart abandonnées, outré par ces paroles.

Dans cette vidéo, nous pouvons remarquer les réactions très fortes de certains à l’encontre du groupe.

“Les Dixie Chicks rôtiront [sous-entendu, en enfer]

“Elles devraient se faire tirer dessus pour avoir dit quelque chose comme ça.”

Bruce Springsteen, le célèbre musicien américain, prit position en faveur des Dixie Chicks, tout comme Merle Haggard, un grand nom du monde de la country.
À ce sujet, Merle Haggard parla d’une « chasse aux sorcières » et d’un « vrai lynchage ». Malgré l’intervention du président américain George Bush qui déclara alors ne pas prêter attention à ce qui avait été dit sur lui, la censure envers le groupe ne diminua pas puisque ses membres reçurent même des menaces de mort lors d’un concert aux États-Unis, créant ainsi une réelle peur chez les artistes.

Toutefois, ce groupe est également un exemple d’engagement politique très fort puisqu’il a participé à l’institution appelée Rock The Vote, qui a pour but aux États-Unis de motiver la population jeune du pays à aller voter et à s’engager politiquement. Pour y parvenir, cette association utilise la musique comme arme pour inciter les jeunes à aller voter. Des artistes comme Janet Jackson, Justin Timberlake, Will.i.am, Madonna ou encore les Ramones se sont investis dans cette action en apparaissant publiquement pour la soutenir.


Cette organisation n’est pas la seule à prendre part politiquement et musicalement aux États-Unis de nos jours puisque les Dixie Chicks ont également pris part à la tournée intitulée « Vote for change » aux États-Unis en 2004 pour encourager les votes pour John Kerry et contre George Bush. Cette tournée a eu pour intervenants des artistes comme Pearl Jam, Bruce Springsteen, Tracy Chapman ou encore Neil Young.
Au sujet de Rock The Vote, Julien Demets,journaliste français et auteur de « Rock et politique, l’impossible cohabitation » parle d’une grande désapprobation du public, qui n’appréciait pas que Springsteen lui dise quoi voter ou quoi faire. C’est selon Julien Demets le souci avec la musique engagée actuelle, qu’il trouve dénuée de sens, particulièrement concernant la musique rock. Selon lui, le rock a pour racine d’être « crétin » et donc sans aucune visée politique.

Le rock engagé actuel pour lui a beaucoup moins une portée musicale que politique puisqu’on assiste à des interventions sérieuses et construites de la part de certaines personnalités rock comme par exemple Bono, le chanteur du groupe de rock U2 qui a lancé une pétition pour remédier à la famine en Afrique à l’occasion du G20 en début 2011, se détachant ainsi du monde musical.
La musique engagée actuelle contraste ainsi énormément avec la musique engagée du milieu du 20ème siècle, puisque nous n’assistons plus à de grandes manifestations musicales mais plutôt à des interventions politiques précises de la part d’artistes. De même, le style musical utilisé a changé puisqu’aujourd’hui le hip-hop et le rap prennent une place très importante du marché musical et de l’engagement politique qui en découle.

Comme exemple de groupe engagé dans l’univers du hip-hop et du rap, on peut citer le groupe Public Enemy qui est connu pour s’être engagé politiquement dans plusieurs de leurs chansons.
C’est un groupe de hip-hop originaire de New York, fondé en 1982. Leur slogan, « Make love, fuck war » est connu, parodiant le célèbre « Make love, not war. » anti-militariste. Ils ont un engagement très fort dans la cause des Afro-américains.
Dans leur chanson « Fight the power » par exemple, on peut entendre :

Cause I’m Black and I’m proud
Parce que je suis noir et fier
I’m ready and hyped plus I’m amped
Je suis prêt et surexcité
Most of my heroes don’t appear on no stamps
La plupart de mes héros n’apparaissent sur aucun timbre
Sample a look back you look and find
Tente un regard en arrière, tu regardes et tu ne trouves
Nothing but rednecks for 400 years if you check
Rien d’autre que des péquenots depuis 400 ans, si tu y prêtes attention.”

Toutefois cet engagement ne provient pas que des artistes, puisque des hommes politiques se servent depuis toujours de la musique pour faire passer leur message. Ainsi, pour sa campagne de 2008 Barack Obama était soutenu par divers musiciens tels que Bruce Springsteen, Nas, et beaucoup d’autres personnalités du monde du cinéma ou de la télévision.

De même, son discours aux primaires démocrates du New Hampshire, connu grâce au slogan « Yes We Can » a été repris dans une chanson qui l’illustrait en musique, et où de très nombreuses célébrités faisaient leur apparition.

On peut ainsi dire que ces années sont plus complexes que les précédentes car l’engagement politique dans la musique y est différent, à la foi repoussé et envié. Certains artistes s’illustrent pour leur engagement politique tandis que d’autres se font rejeter pour celui-ci, et on remarque une réelle évolution dans le mode de pensée de chacun.

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