Bonjour,

Ce blog a été créé dans le but de démontrer notre travail dans le cadre des TPE de l’année 2011/2012.
Ce travail a été entièrement rédigé (à l’exception des citations) par Adèle Bigot, Loïse Desailly, Marie Dandois et Roxane Chivet, en classe de Première ES2 au lycée Faidherbe de Lille.
Le TPE y est inscrit dans l’ordre du plan que nous avons réalisé, celui-ci étant :

I/ La musique engagée en France, depuis le début du vingtième siècle.

  1. 1900-1949 : Les débuts de la musique engagée moderne
  2. 1950 – 1989 : La période de l’après-guerre et du renouveau de la musique engagée
  3. 1990 – 2012 : La représentation de la musique engagée de nos jours

II/ La musique engagée aux États-Unis

  1. 1950 – 1989 : Les années pacifistes en réaction aux nombreuses guerres :
  2. 1990 – 2012 : La musique engagée actuelle

Toutes nos sources se trouvent à la fin de ce blog, dans le dernier article.
Nous vous remercions d’accorder de votre temps à la lecture de ce TPE, et nous espérons qu’il vous plaira.

Bonne lecture à vous.

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Introduction

Depuis toujours, divers styles musicaux ont tenté à travers leurs œuvres de diffuser un message critique à leurs auditeurs, la politique en étant un des principaux thèmes. Que ce soit en Europe ou dans n’importe quel autre continent, cette volonté d’exprimer son opinion se retrouve à travers les âges et dans toutes sortes de genres musicaux.

Au fil des époques, cette relation a donc connu de grandes évolutions qui marquèrent leur temps. Ainsi, si on peut parler d’une période musicalement politique dans les années 1970, cela est moins explicite dans la musique actuelle avec l’arrivée de la musique techno et r’n’b qui prennent une place importante du marché de la musique sans avoir pour autant un but politique.
Toutefois, on ne peut pas dire que l’engagement politique est absent de notre culture musicale actuelle puisque de nombreux groupes continuent de défendre et d’affirmer leur opinion politique et protestent contre la société dans laquelle ils évoluent, le gouvernement auquel ils peuvent s’opposer ainsi qu’à d’autres thèmes comme la guerre qui sont récurrents dans l’univers musical engagé.
Néanmoins, la musique engagée ne se caractérise pas forcément par une critique négative puisqu’on retrouve également des chansons en accord avec le système politique qui peuvent aller jusqu’à le supporter.

Afin d’étudier ces événements, il est nécessaire de répondre à une question essentielle :

Quelle a été la place de la musique engagée dans les différents événements politiques et sociaux aux États-Unis et en France durant le 20ème siècle ?

Pour cela, nous avons décidé d’étudier ce rapport entre musique et politique dans deux pays différents.
Premièrement, l’étude de cette relation en France semble importante car nous sommes étroitement liées à cette culture dans laquelle nous évoluons chaque jour.
De même, l’étude de ce lien aux États-Unis nous paraît judicieuse car ce pays, sous l’influence Britannique, regroupe de très nombreuses cultures différentes grâce à l’immigration importante dont il a été la cible depuis toujours.
Ainsi, dans chacun de ces deux pays nous allons évoquer la présence de la politique dans le monde musical grâce aux chansons engagées entre autres. Nous allons également parler de la présence de la musique dans le monde politique puisque celui-ci s’est de nombreuses fois servi de son impact sur la population pour diffuser des idées ou idéologies auprès d’elle.

I/ 1) Les débuts de la musique engagée moderne : 1900-1949

En osmose avec l’évolution de l’espèce humaine, la notion de chanson à caractère engagé s’avère déjà présente durant l’époque du Moyen-âge, généralement lors de périodes d’extrêmes tensions. En effet, cette dernière est un ingénieux vecteur de pensées critiques, dévoilant les multiples facettes de l’engagement de l’auteur, dont la finesse s’emploie à rendre ce moyen semblable à une arme affûtée.
En premier lieu, il serait nécessaire de distinguer une infime divergence entre les termes de chansons engagées et politiques. En effet, selon l’auteur Michel Prat, la chanson dite « engagée » correspondrait au soutien d’une volonté politique, il s’agirait donc de célébrer ou de défendre une cause, en opposé avec la chanson « politique », qui pour sa part, aurait la charge de « dénoncer » des systèmes politiques dénués de toute morale ou justice mais également, les dirigeants d’institutions privatives de libertés essentielles.

Selon les différentes époques, d’anciennes formes de supports mélodieux entreprennent la description fort subtile d’un contexte politique, dans le but de dévoiler avec une certaine authenticité l’histoire de l’humanité, et de cette manière créer un lien tangible avec les populations. Pour cela, ce paragraphe s’attellera principalement au XXème siècle, plus exactement des années 1900 à 1949 en France, du fait d’une croissance fortement négative de la violence ainsi que de la cruauté du genre humain.

Pour la République française, le passage du XIXème au XXème siècle fut une époque novatrice en terme d’importants changements dans les champs politiques et sociaux. En effet, le gouvernement, usant de différents supports, tenta d’apporter de réelles modifications au sujet des conditions sociales des citoyens français souvent fort déplorables, ainsi qu’une stabilisation notoire de l’économie et des industries, indispensables pour la croissance économique de ce pays colonial. Ainsi, le début du XXème s’inscrit dans les mémoires pour son extraordinaire expansion économique, plus couramment appelée “La Belle Epoque” (1896-1914), indéniable apogée en matière de music-halls ou théâtres de variété, dont les répertoires aux thèmes enjoués, sont de parfaits instruments de distraction, permettant le temps d’un instant, de goûter avec délectation aux plaisirs simples.

Néanmoins, le développement de la politique française est fortement influencé par la célèbre Affaire Dreyfus (1884), altérant profondément le fonctionnement de la vie politique en France, et engendrant de ce fait en 1899, le “Bloc des gauches” dirigé par Waldeck-Rousseau, alliance de forces politiques, qui pour leur part, désirent ardemment une politique de défense républicaine et d’anticléricalisme. Par la suite, est votée en 1905, la loi de la séparation de l’État et de l’Église, fixant deux fondamentaux préceptes, la liberté de conscience, et le principe de séparation.

Vain répit que les Années folles, l’État doit faire face à de graves troubles politiques et sociaux, effectivement d’importantes manifestations ou grèves, réprimées sévèrement par les forces armées éclosent en divers endroits, démontrant bruyamment les multiples failles du système politique français. Un éclat particulièrement controversé attira l’attention des populations, dans l’intention de rendre hommages aux victimes de manifestations meurtrières, de nombreux civils s’y rendirent, sans intention manifeste de violence. Cependant l’ordre de maîtriser par la force les intervenants fut ordonné mais dénigré consciencieusement par les soldats, faisant preuve d’une morale exemplaire. En réaction à cet événement poignant, le chanteur engagé Montéhus (1872-1952), composa une chanson aux portées pacifistes, faisant l’éloge du 17ème régiment, et de leurs convictions fidèles à leurs principes. Ci-dessous, un court extrait de cette chanson “Gloire au 17ème“, composée en 1910:

« Légitime était votre colère
Le refus était un grand devoirOn ne doit pas tuer ses pères et mères
Pour les grands qui sont au pouvoir
Soldat, votre conscience est nette
On n’se tue pas entre Français
Refusant de rougir vos baïonnettes
Petits soldats, oui, vous avez bien fait! »

Durant la même période, notamment lors de la présidence d’Armand Fallières (1906-1913), un petit nombre de chansons mélangeant ironie et réalisme se détacha de par ses ingénieuses critiques sur le fonctionnement de la Troisième République. A titre d’exemple, la chanson « On est en République » de Montéhus, dépeint avec rigueur les inégalités salariales entre les dirigeants de l’État et les retraites dérisoires d’ouvriers méticuleux, dévoilant toutefois les sentiments du compositeur, insurgé de ces inquiétantes injustices.

« Enfin, ça y est ! On est en République !
Tout marche bien, tout le monde est content !
Le président, ça c’est symbolique !
Ne gagne plus qu’douze cent mille francs par an.
Aussi on a les retraites ouvrières
Dix sous par jour, ça c’est le vrai bonheur !
La nation française peut être fière
Vive les trois couleurs ! »

Malgré l’expansion économique de la France, quelques brides à caractère hiérarchique demeurent encore dans les mœurs de la société, engendrant une floraison de pensées révolutionnaires, affirmant que « l’affrontement est donc inéluctable et que les jeunes générations devraient se tenir prêtes au combat pour permettre la revanche des pauvres et venger leurs pères réduits à l’état d’esclaves du monde moderne ». Dans cette atmosphère conflictuelle, le chanteur Montéhus élabora « Le Chant des jeunes gardes » (1912), devenu l’hymne de la gauche française, dont les paroles révèlent les embruns d’une irritation nourrie par les innombrables inégalités sociales en France.

« … Enfants de la misère,
De forc’, nous somm’s les révoltés,
Nous vengerons nos mères
Que des brigands ont exploitées ;
Nous ne voulons plus de famine
A qui travaille il faut des biens,
Demain nous prendrons les usines
Nous somm’s des homm’s et non des chiens… »

Dans un climat de fortes tensions, l’attentat de Sarajevo (juin 1914), fut l’élément déclencheur de l’entrée en guerre des puissances européennes, par le biais d’alliances militaires, dont la France, le 3 Août 1914.

De ce fait, durant cet été, une mobilisation de masse se réalisa dans un esprit de résignation absolue pour chacun des camps adverses, leur patrie est “agressée”, il devient alors impératif de la défendre corps et âmes. Diverses photographies faisant partie de la propagande de l’Etat, révèlent des soldats à l’humeur joyeuse, désireux de prouver leur bravoure sur le champ de bataille. Dans cette atmosphère fortement dominée par l’illusion, de nombreuses chansons de “soutiens” voient alors le jour, notamment celle intitulée “Quand Madelon” (1914) composée par Louis Bousquet, devenue avec le temps un véritable hymne de la Grande Guerre. D’après les paroles de ce texte, une impression majeure d’optimisme à l’égard des soldats s’y dégage, dévoilant de par sa nature enjouée, une réelle incitation pour une participation active aux sanglantes batailles.

« Pour le repos, le plaisir du militaire,
Il est là-bas à deux pas de la forêt, …,
La servante est jeune et gentille,
Légère comme un papillon ;
Comme son vin son œil pétille,
Nous l’appelons la Madelon »

Selon de pertinentes thèses de nombreux historiens reconnus, le XXème siècle débuterait réellement en 1914, année apocalyptique, synonyme terrible de nombreuses pertes de vies humaines, mais aussi émergence d’un traumatisme psychologique sans précédent, affectant les « rescapés » de la grande Guerre. Dans le but de soutenir l’effort de guerre, les gouvernements se voient alors dans l’obligation d’exiger la reconversion d’usines en industries d’armement, ainsi que l’instauration d’une économie de guerre, par l’emploi indéfectible de propagandes, de censures, éléments déterminants pour le développement d’une culture de guerre.

Afin de conserver l’adhésion de la masse, et ainsi de s’assurer de son entière passivité, l’Etat Français élabore de ce fait des chansons de « soutiens » concernant aussi bien les civils que les soldats, ayant pour priorité, le maintien continuel d’une haine primale envers son adversaire, mais également de développer les instincts primitifs de l’homme pour amener par la suite à la jouissance du goût du sang. Ces chansons « sanguinaires », de nature belliqueuse, engendrent une forme d’uniformisation dévastatrice, mettant en péril l’esprit critique de ses auditeurs. Par ailleurs, le système de censure est employé maintes fois pour empêcher toute existence de chansons « pacifistes », véritables remises en question de l’influence hautement néfaste de la culture de guerre.

L’année 1917, véritable tournant historique pour la progression stratégique du conflit, reste cependant tristement célèbre pour ses multiples mutineries et révoltes en proie à une paix définitive. De ce fait, en découle la création de la “Chanson de Craonne” diffusée de manière rapide dans les tranchées françaises, celle-ci dénonce sans fard l’absurdité de la guerre, des terribles souffrances occasionnées par cette dernière, d’une sourde rancœur des “embusqués”, et du refus de continuer davantage cet ignoble massacre, dénué de tout sens moral. Quelques années après la signature de l’armistice, le journaliste Paul Vaillant-Couturier diffusa les paroles de la chanson, qui par conséquent, entra dans le patrimoine des chansons dites “révolutionnaires”, en raison de sa nature symbolique, mais également à la mémoire de sentiments pacifistes, fort rares à cette époque.

« C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme,
C’est à Craonne, sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau,
Car nous sommes tous condamnés»

Après quatre années de terribles combats, la Grande Guerre s’achève le 11 Novembre 1918, dévoilant après son funeste passage, de sombres paysages, ravagés par d’intensifs bombardements. A l’instar des dommages collatéraux, les Européens sont profondément bouleversés et prennent subitement conscience de l’affaiblissement démographique et économique du continent.

En réaction aux tragiques événements de la Première Guerre Mondiale, des chansons “pacifistes” apparaissent dans les années 1920, alliant dans ses messages de soutien, des influences patriotiques aux reflets de sourde rancœur. Ce fut notamment le cas pour le support musical intitulé «Guerre à la guerre» de Jean Loysel et Raoul Soler, composé à la mémoire de soldats émérites, et dévoilant de par ses propos enflammés, le chiffre effroyable en pertes humaines.

Le 24 Octobre 1929, le Krach du Wall Street plongea l’économie américaine et mondiale dans la tourmente, en effet cet imprévisible événement donna lieu à de diverses scènes d’hystéries collectives, à de multiples suicides, qui jetèrent sur les populations un sentiment d’effroi, du fait d’une recrudescence de violence.

La France, affaiblie plus tardivement par cette même crise, assiste pour la première fois à l’élection, en 1936, d’un gouvernement dirigé par le parti de gauche, nommé le Front Populaire.

Devenu président du conseil, le socialiste Léon Blum entreprend la mise en place de mesures, dans le but d’améliorer les conditions sociales françaises. Il n’est pas donc pas surprenant que ces réformes suscitent en grand nombre les sympathies des auteurs favorables pour ce parti.

A titre d’exemple, la chanson rédigée par Guy Stella et Jean Porret, intitulée “La voix du Front Populaire” (1936) ou celle de Montéhus “Vas-y Léon”, dévoilent sans équivoque leur engagement politique.

Malgré cela, le Front Populaire s’achève en 1938 suite à de nombreux échecs dans l’affaire des réformes sociales, ainsi, s’installe progressivement une atmosphère empreinte d’une forte désillusion, principalement chez la classe ouvrière.

En raison de la situation internationale, la chanson dite “pacifiste” détient une place déterminante dans la culture en France, notamment vis-à-vis de l’Allemagne d’Hitler, menace potentielle pour la paix en Europe. Par ailleurs, dans les années 1930, la remilitarisation de la puissance allemande par la production d’armes, révèle de fortes inquiétudes mêlées à des sentiments de crainte de la part des auteurs. De par ces divers exemples, nous pouvons constater  de façon visible, l’évolution continuelle de la chanson aux multiples caractères, belliqueuse, anti guerre, de soutien au gouvernement, etc. Et en déduire par la même occasion, que celle-ci est indéniablement liée au contexte dans lequel elle s’inscrit, et qu’au sein de la communauté artistique, les conflits mondiaux soulèvent d’intenses émotions, reflets incontestables de l’opinion publique.

L’une des périodes les plus fécondes en matière d’œuvres musicales protestataires, est sans l’ombre d’un doute, la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945),  qui mit subitement un terme à l’espoir de paix, maintenu de façon précaire par les dirigeants politiques. Néanmoins, suite à la signature des “Accords de Munich” (1938), où la France et d’autres états européens cèdent de petites nations à Hitler, dans le but de conserver un semblant de paix, émerge le désenchantement d’un peuple, où les relents de la guerre apparaissent à nouveau. Dans une atmosphère plus ou moins pessimiste, Raymond Asso compose une chanson “Tout fout l’camp” (1939), qui traduit avec réalisme le sentiment de nervosité qui ébranle toute la France. A travers ces paroles alarmistes, nous pouvons nous apercevoir de l’annonce inévitable d’une seconde guerre, tant redoutée en Europe.

Le 22 Juin 1940, est signé, en défaveur de la France, l’armistice entre le représentant du IIIème Reich et du gouvernement français, établissant de strictes conditions d’occupation par l’Allemagne, ayant ainsi pour conséquences la création d’une ligne de démarcation. En effet, cette dernière divise le territoire français en deux parties, celle située au nord, dite la zone “occupée” par les forces allemandes, et la seconde au sud, la zone “libre”, régie par le gouvernement français du Maréchal Pétain, ou plus communément appelé, “régime de Vichy”. Cette période de l’histoire, tristement célèbre, fut également un tournant du point de vue de la production artistique, systématiquement surveillée, contrôlée et généralement censurée.

Par ailleurs, une multitude d’artistes usa de façon pertinente les supports relatifs aux arts, principalement celui dit ” musical”, ingénieux vecteur de communication de leur penchant politique, puisque certaines compositions musicales exposaient clairement leurs sympathies idéologiques avec l’occupant ou le régime de Vichy, alors que d’autres invitaient à la lutte contre le nazisme ou contre la politique de l’Etat français. A titre d’exemple, l’hymne du régime de Vichy, “Maréchal, nous voilà” (1941), est un véritable culte de la personnalité, glorifiant de façon démesurée le régime, ses pensées politiques, ainsi que son chef, couronné du titre du “Père de la Nation”. Un nombre conséquent d’œuvres musicales fut composé à la consécration de ce même régime, cependant, aucune trace de commande officielle ne fut découverte, aussi pouvons-nous avancer l’hypothèse, que ces refrains furent rédigés de manière spontanée, par conviction ou par opportunisme.

De plus, le gouvernement de Pétain résidait principalement sur l’application d’une propagande aux visées politiques, appelée “la trilogie du nouveau régime”, ayant comme devise “Travail, Famille, Patrie”, reprise par quelques chansons patriotiques, comme “La terre ne ment pas” (1941) de Lucien Boyer. Cette dernière attache une importance particulière sur le “travail de la terre”, dont le devoir est d’unifier la nation française, de plus, elle fait également une discrète allusion aux résistants de Londres, mentant effrontément selon lui, sur la situation de la France.

Par opposition, le monde de la musique connu également sous l’occupation nazie, de multiples “chansons de résistance”, dont l’une des célèbres est sans équivoque “Le Chant des partisans”, composée en 1943, par Maurice Druon et Joseph Kessel, écrivains engagés dans les “Forces françaises libres” de Charles de Gaulle. Ces derniers s’inspirèrent de la mélodie d’une chanson de résistance en russe d’Anna Marly, dont la particularité majeure était d’apporter un hymne unificateur aux combattants de l’ombre, aux accords natifs du maquis.

En outre, il faut souligner le caractère symbolique de cette chanson, qui devient quelques années plus tard, le “Chant emblématique de la Résistance”, et fut inscrite auprès de la Marseillaise et du Chant du départ, parmi les hymnes patriotiques.

Pour clôturer cette partie, il est primordial de souligner la corrélation étroite entre le contexte de l’époque et la nature des chansons engagées, influencées notamment par l’engagement personnel de l’artiste, de ses idées politiques. Durant l’époque traitée, (1900-1949), nous avons pu entrevoir les multiples facettes de la musique, exploitée à bon escient ou non, et constater son caractère essentiel, qui lors d’intenses crises de l’humanité, se métamorphose en une ode à l’espoir ou en un support favorable à la propagation de conceptions politiques, des régimes totalitaires, dictatoriaux ou non. De ce fait, la musique dite “engagée” se révèle être un phénomène universel, dévoilant par des accords mélodieux, l’encensement ou la critique des systèmes politiques, la remise en question de la condition humaine, les mœurs de la société.

2) La période de l’après-guerre et du renouveau de la musique engagée : 1950 – 1989

Dans les années 50, la France se retrouve dans une phase transition; c’est celle de l’après guerre avec ses nouveaux conflits, comme celui de la guerre froide ou des guerre coloniales, faisant face à une climat pourtant prospère : celui des Trente glorieuses. C’est cette période marquée par l’apparition des plaisirs de la consommation, des progrès techniques, du baby boom mais aussi des nouveaux contextes politiques, qui développera et portera à son paroxysme le style engagé mais aussi les chansons à texte.

En vérité ce fut la chanson intellectuelle qui connut un grand succès amenant la révélation de nombreux artistes, comme George Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré, Boris Vian et bien d’autres à leur tour.

La chanson commence donc à prendre un caractère politique dans lequel chaque artiste se permet de révéler leurs propres opinions politiques. Georges Brassens dans sa chanson “Le Gorille” critiquera la peine de mort, cette chanson choquant son époque sera pour sa part censurée. On pourrait encore parler de Léo Ferré qui à travers sa musique rappelle ses idées anarchistes, c’est le cas dans “L’oppression” ou dans “Ni dieu ni maître”.

Boris Vian fut l’un des plus grand critiques de la société de son époque comme avec “Complainte du progrès” où il dénonce la société de consommation. Avec Le déserteur, il manifeste son anti-militarisme et cette chanson connaît à son époque une véritable censure, étant jugée comme scandaleuse. Il est l’un de ceux qui savent jouer du comique pour cacher des textes contestataires et engagés tels que “La java des bombes atomiques”, “La java javanaise”…

C’est la révolution culturelle et les mouvements contestataires qui partageront les années 1960. C’est pourquoi les différents genres musicaux traduiront dans un premier temps le refus des règles imposées par la société, critiquée par un grand nombres d’artistes.

Il existe une certaine «haine» à l’égard du milieu bourgeois, Brel le démontrera dans sa chanson “Les bourgeois”.

Peu à peu c’est une sensibilité accrue qui dérive vers le partie de gauche, la majorité des musiques engagées critiquent alors le militarisme et le colonialisme. Laura Diana chante “Marie Dominique” qui parle des illusions perdues des soldats d’Indochine. Les adhérents du parti communiste multiplient à leur tour les couplets militaristes, dont Yves Montant avec « Quant un soldat » ou « Giroflé-Girofla ». Ces mouvements contestataires s’attaquent aussi aux tabous des mœurs comme “Jolie môme” de Léo Ferré en 1960. L’apparition des médias tels que la télévision ou la radio permettent une permettent une plus grande diffusion de ces chansons dîtes engagées.

La révolution de l’année 1968 déclenche un nouveau phénomène social, les jeunes forment alors leur propre groupe basé sur le refus des règles et des valeurs qui leur sont imposées et leur véritable désir d’autonomie. Ils se portent alors comme premiers contestataires de la société de consommation à travers leur manifestation dans les rues à travers le pays.

Ce contexte empli tension se reporte forcément dans le domaine musical, de nombreux chanteurs analyseront ces phénomènes pour mieux critiquer les idées de la société d’avant mai 68.

C’est le cas de Claude Nougaro qui la juge alors trop inflexible, c’est à la sortie des manifestations qu’il chante «Paris Mai», où il montre à travers ses paroles sarcastiques la confusion de l’état français et de son peuple, elle sera interdite d’antenne. Renaud, jeune interprète de 16 ans, se relie également à cette cause.

“Crève salope” est la première chanson du compositeur et interprète Renaud, écrite à l’âge de 16 ans. Le chanteur aurait été inspiré par un tract du même nom, publié à Bordeaux en avril 1968.
Elle fut chantée a cappella dans la Sorbonne occupée mais n’a jamais été éditée en disque. Plus tard elle fut reprise sur les barricades et devint le signe de ralliement des étudiants en colère. Devenue un « mini hymne » de Mai 1968, “Crève Salope” montre bien ce climat révolutionnaire contre cette France conservatrice.
La « salope » c’est la société de 1968. Chaque couplet dénonce une forme d’autorité (paternelle, professorale, policière et religieuse). À la fin de la chanson, l’autorité de l’État met fin à cette rébellion.

De nouvelles idéologies et concepts ressortent alors de ces manifestations étudiantes, tel que l’écologie comme le montre Maxime Le Forestier.
En effet, dans sa chanson « Comme un arbre », il se compare à un arbre et les champs lexicaux antithétiques de la nature et de l’urbanisation font ressortir cette idéologie nouvelle. Cet auteur, compositeur et interprète s’adresse à son « ami » c’est-à-dire à l’Homme soucieux de la nature, principalement le Hippie.
Les hippies sont des groupe d’hommes et de femmes qui viennent principalement d’Europe Occidentale et d’Amérique du Nord. En effet, ce mouvement, dont l’égérie est la chanteuse Janis Joplin, est né à San Francisco autour des années 1965.
Les chocs pétroliers de 1973 et 1978 pousse la France dans une crise profonde, c’est la fin des années de prospérité et de la grande croissance. Le chômage reste le problème majeur dont les taux s’accroissent fortement. En 1979 Eddy Mitchell chante « Il ne rentre pas ce soir », où il illustre le véritable désarroi du peuple. Durant ces années difficiles, il existe une quête d’identité et les chansons se portent davantage sur le domaine médiatique.

Au début des années 1970 il y a une forte remise en cause de certaines valeurs de la société comme le confort, l’accumulation des biens matériels. La recherche de nouvelles normes se fait parle rejet du conformisme de cette société matérialiste. On prône alors une volonté de liberté individuelle ainsi que l’abandon de certains principes solidement encrés. Ceci entraîne un succès des chansons évoquant le nomadisme, la contre-culture de l’errance où le voyage devient le thème majeur de la génération suivant la révolution de l’année 1968. Maxime le Forestier chante en 1975 Le Saltimbanque mais aussi Guy Bontempelli avec « Quand je vois passer un bateau ».

De nombreux chanteurs décident de plus en plus de traduire le malaise de la société face à la crise. Souchon est l’un de ceux qui montre le mieux les malaises des années 70, comme dans « Allo maman bobo » (traduction de la fragilité et de la vacuité de la société de l’époque). Ou encore France Gall qui évoque dans «Si, maman, si» le malaise d’une génération qui n’arrive pas à trouver sa place dans la société où les normes paraissent dérisoires. Jean Patrick Capdevieille en 1979 «Quand t’es dans le désert» mais également Alain Bashung dans «C’est comment qu’on freine» où il s’interroge sur la façon dont cette période se stoppera.

C’est alors que les français rentrent dans une nostalgie. Ils regrettent les années 60. Les sixties apparaissent comme un temps où tout était possible. C’est sans aucun doutes, Eddy Mitchell qui traduit le mieux la nostalgie devant un monde qui change trop vite à leurs yeux. C’est pourquoi le thème du regret de l’enfance surgit Eddy Mitchell reprend en 1984 «Comme quand j’étais môme» et Renaud à son tour interprète «Mistral gagnant» en 1985. Parallèlement, nous pouvons constater une tendance à regarder en face les difficultés et à en triompher, à refuser de se laisser emporter par la morosité ambiante.

Étrangement de nombreuses chansons aux textes noirs connaissent un succès important, notamment « Disparue » en 1982 qui évoque les rafles politiques en Amérique du Sud.
Le rock de la dérision et de la violence caractérise le refus des valeurs, il délivre un message critique sur la société à tendance provocateur.

C’est ainsi que le groupe Téléphone commence à apparaître dès 1978. Ces groupes contestataires évoquent les interrogations d’une jeunesse en mal de vivre : « J’suis parti de chez mes parents, j’sais pas quoi faire ? » chante Jean-Louis Aubert du groupe Téléphone.

Au delà des chanteurs il y a aussi des comiques qui s’engagent comme Coluche avec sa chanson Misère en 1978 où il dénonce la pauvreté qui touche de plus en plus les français.

Le 26 septembre 1985 Coluche décide de créer les Restos du coeur, association ayant pour but de distribuer gratuitement de la nourriture aux personnes dans le besoin. Il décide alors de faire une annonce spontanée à la radio «J’ai une petite idée, comme ça… Si y’a des gens qui sont intéressés pour sponsoriser une cantine gratuite qu’on commencerait par faire à Paris et puis qu’on étalerait dans les grandes villes de France». C’est ainsi qu’il réussit à former sa bande “d’Enfoirés” en un hiver, ceci devenu alors un moyen médiatique très populaire afin que l’on porte un regard sur son action.

Les berurier noir est un groupe qui créer leur succès sur leur engagement et en dénoncer les maux de la société française (Algérie, FN, sectes, folie, violence, police), l’une de leur chanson est « On a faim » en 1987.

En conclusion, nous avons pu remarquer que la musique engagée française s’est toujours adaptée aux événements politiques et sociaux de son époque ; que ce soit par un contexte de crise, révolutionnaire ou même de croissance. Ainsi nous pouvons conclure que la musique engagée se porte garante des ressentis de ses citoyens tout en ayant pour but de leur faire adopter un réel regard critique de leur entourage quotidien.

3) La représentation de la musique engagée de nos jours : 1990 – 2012

Après l’énorme engagement politique dans la musique des années 60 à 80, on peut remarquer que les choses se sont calmées puisque le nombre de groupes ou chanteurs s’engageant dans leurs œuvres semblent avoir beaucoup moins de succès ces dernières années, malgré le fait que cet engagement n’aie pas complètement disparu. Il a cependant pris une nouvelle forme puisque les sujets abordés ont énormément changé et la manière de s’engager semble elle aussi avoir évoluée.
Pour la raréfaction de l’engagement politique dans la musique, plusieurs explications sont proposées.
Tout d’abord, le passage à un gouvernement de gauche en 1995 avec l’arrivée de François Mitterrand à la présidence et la chute de l’URSS en 1991 ont probablement contribué à ce déclin.
En effet, clamer les bienfaits d’un gouvernement socialiste ou communiste était alors difficile avec ce qu’il se passait à l’est. De même, les critiques françaises à l’encontre d’un gouvernement trop capitaliste et tourné vers l’économie n’étaient plus justifiées étant donné que le Parti Socialiste était alors au pouvoir.
Les sujets abordés ont eux aussi évolués puisque c’est dans les années 90 que l’on prend réellement compte des problèmes environnementaux et des enjeux de ces soucis. Cette prise de conscience s’est par exemple représentée avec le protocole de Kyoto en 1999, qui avait pour but d’assembler les pays autour de ces problèmes environnementaux.
ans la chanson « Signaux de fumée » de Zazie, en 1995, on pouvait par exemple entendre :

“La marée est en noir
Et les oiseaux qui brillaient sous la lune
Tournent en rond dans le goudron et les plumes.”

A travers cette chanson, Zazie dénonçait l’abus des Hommes qui dégradent selon elle l’environnement sans penser aux conséquences de leurs actes, et cela marque le début du mouvement de pensée écologique, bien qu’il existait à quelques endroits limités auparavant, sans toutefois prendre une si grande ampleur.Le sujet de l’environnement et de l’écologie a évolué depuis les années 90 et continue d’être largement représenté dans la musique actuelle, avec par exemple en 2006 la chanson « Une goutte de plus » de Keny Arkana où elle chante :

“Je ne suis qu’une goutte dans l’océan, une goutte de plus parmi vous
Une goutte de pluie ou une larme de plus sur les joues
De notre planète Terre, Mère pardonne nous
L’Homme a créé ce tourbillon, qui nous a tous rendu fous
Folie générale, même les climats ne tiennent plus le coup
Nos vie ternissent par notre faute, on en a même perdu le goût
J’ai peur du coup, pourtant j’ai bien vu la Lueur du gouffre
Du moins je l’ai aperçue, en éclairant un peu mon cœur du fouillis
Que le Soleil, la Lune, les Arbres, les Mers nous pardonnent
Toutes les espèces vivantes que la mienne a exterminées…
J’demande pardon, parce que tout le mal qu’on a créé”

L’engagement de ces artistes à propos de l’écologie est cependant souvent contesté, on leur reproche de ne pas être honnêtes et de suivre une sorte de mode qui consiste à soutenir la défense de l’environnement.
Cette protection de l’environnement grandissante n’est toutefois pas la seule forme de protestation de ces dernières années, et plusieurs autres thèmes sont souvent abordés.
C’est également à cette époque qu’émergent les chansons à propos des banlieues et cités, où les jeunes protestent contre leurs conditions de vie, entre autres. Le genre musical le plus abordé lors de ce thème est le rap, qui permet alors de faire passer un texte plus facilement grâce au rythme plus soutenu et à la présence moins importante de mélodie.

Cependant, ce mouvement protestataire est également largement critiqué, notamment par le rappeur Fabe dans, par exemple, sa chanson « On lèche, on lâche, on lynche » où il critique la société de consommation et les artistes qui font leur musique pour l’argent :

“Le monde appartient à ceux
Qui se vendent tôt, vends moi ton âme
Si tu veux passer sur ma radio
Sois subtil, prends des détours
Un chèque avec cinq zéros
Ça vaut de loin tous les bons discours”

Selon Fabe, les rappeurs se prétendant être des « gangsters » ne sont qu’hypocrites et font cela comme pour adhérer à un effet de mode (« “Le hip-hop est plein de gangsters en toc, qui vivent dans des pavillons, nous prennent pour des couillons, parlent de crimes mais ne tuent que des papillons, parlent de la rue mais ne connaissent que ses stations de métro »), et il a reçu de nombreuses critiques pour cette prise de position, notamment de la part du rappeur Booba que Fabe avait déjà critiqué auparavant, qui a repris des phrases de ses textes pour les tourner en dérision.
Cependant, le rock français semble également se développer à cette époque. Noir Désir apparaît dans les années 80 et en 1996 le groupe sort le polémique « Un jour en France » où il énonce :

“FN, souffrances,
Qu’on est bien en France!
C’est l’heure de changer la monnaie.
On devra encore imprimer le rêve de l’égalité,
On devra jamais supprimer celui de la fraternité.”

Noir Désir est connu pour être le groupe type de rock français engagé, et ici il s’impose en opposant au parti du Front National. Les critiques émises par le groupe sont nombreuses et portent sur des thèmes précis comme le capitalisme dans « L’homme pressé » qui paraît sur le même album que « Un jour en France ». Dans « L’homme pressé », le groupe se met à la place d’un grand homme d’affaire et critique leurs agissements en disant par exemple :

“J’suis un militant quotidien
De l’inhumanité
Et des profits immédiats
Et puis des faveurs des médias
Moi je suis riche, très riche
Je fais dans l’immobilier
Je sais faire des affaires
Y’en a qui peuvent payer”

Le FN n’a pas été critiqué que par Noir Désir puisque le chanteur Saez a lui aussi émis une critique très prononcée envers ce parti politique. En 2002, lorsque Jean-Marie Lepen passe au second tour des élections présidentielles, Saez lance « Fils de France » où on peut entendre « Au royaume des aveugles, tu sais bien ce qu’on dit, les borgnes sont les rois. » qui s’adresse ainsi clairement au dirigeant du Front National.
Jean-Marie Lepen n’est pas le seul homme politique critiqué en chanson, Jacques Chirac ayant eu droit à une chanson du groupe Zebda intitulée « Le bruit et l’odeur », en 1993. En effet, deux ans plus tôt Jacques Chirac parlait du problème de l’immigration. Durant ce discours, on a pu l’entendre dire « Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. » à propos des familles d’immigrés. Ces paroles ont été ainsi reprises dans la chanson de Zebda où il critique le racisme en général et le manque de tolérance envers l’immigration.

« L’égalité mes frères
N’existe que dans les rêves
Mais je n’abdique pas pour autant
Si la peur est un bras qui nous soulève
Elle nous décime
J’en ai peur pour la nuit des temps »

La musique engagée n’a pas été réalisée qu’en tant que critique des partis de droite puisque le parti de l’UMP s’est même illustré dans un lip dub tout en musique, où les membres du parti et divers ministres et personnes d’état étaient présentées dynamiques et en chanson. On entend les membres du parti politique chanter ensemble :

« Tous ceux qui veulent changer le monde
Tous ceux qui veulent changer le monde
Venez marcher à mes côtés
Que toutes nos voix se confondent
Dans un champ de fraternité
J’entends la révolte qui gronde
Au cœur de toute l’humanité
Pour que la terre soit féconde
A tous ceux qu’elle a enfantés
Il est nécessaire que l’on fonde
Une nouvelle société »

Ce clip, très critiqué et moqué à sa sortie, est une des représentations typiques de la musique qui va jusqu’à être utilisée par les politiciens eux-mêmes. Cependant cette utilisation a été largement mal vue et n’a pas, au contraire, fourni une image bénéfique comme cela était prévu.

Toutefois, si ce lip dub donne un air enfantin et joyeux à la musique engagée, des thèmes très sérieux et polémiques sont abordés en chanson, avec le thème de la peine de mort qui a engendré de nombreux avis, qu’ils y soient favorables ou non. En 2011, Julien Clerc chante alors « L’assassin assassiné », où il expose son avis face à la peine de mort qu’il réprimande en disant par exemple :

« C’est que ce souvenir me hante
Lorsque le couteau est tombé
Le crime a changé de côté
Ci-gît ce soir dans ma mémoire
Un assassin assassiné »

Cependant, des chanteurs comme Michel Sardou ont pris position en faveur de la peine de mort, et la même année que celle de la parution de la chanson de Julien Clerc, Michel Sardou a ironiquement rechanté son titre paru en 1975 intitulé « Je suis pour ». Dans ce morceau, Michel Sardou énonce ses arguments en faveur de la peine de mort en se mettant à la place d’un proche d’une victime.

« Tu as volé mon enfant,
Versé le sang de mon sang.
Aucun Dieu ne m’apaisera.
J’aurai ta peau. Tu périras.
Tu m’as retiré du cœur
Et la pitié et la peur.
Tu n’as plus besoin d’avocat.
J’aurai ta peau. Tu périras.
Tu as tué l’enfant d’un amour.
Je veux ta mort.
Je suis pour. »

Cette chanson fit polémique car elle parut en même temps qu’un procès qui enflammait les foules, celui de Patrick Henry qui était accusé d’avoir tué un enfant. Ce procès avait mis au premier plan les débats sur la peine de mort et Patrick Henry y échappa finalement. La chanson de Michel Sardou semble ainsi y faire pleinement référence et il fut très critiqué par divers journaux pour sa prise de position.

Malgré la réputation du genre musical du rap, qui a tendance à être vu comme quelque chose d’irréfléchi et de simplement agressif, certains groupes français se sont illustrés dans l’utilisation de paroles recherchées et significatives, on peut citer parmi eux le groupe IAM, créé dans les années 90 à Marseille. Leur chanson “La fin de leur monde” par exemple, sortie en 2006 dure plus de dix minutes et comporte un texte très complet et accusateur, qui contraste avec l’opinion qu’ont souvent les gens à propos du rap français.

“Mon futur se construit, sans cris, sans mecs à terre,
Ni de centrale en fuite, rien sur le compteur Geiger
Et finalement conscient qu’ici, on n’est que locataire
Tu parles d’une location, regarde un peu ce qu’on en a fait
Quand le vieux fera l’état des lieux, on fera une croix sur la caution
On aurait dû le rendre comme on nous l’a donné,
Clean, sans tâches, et innocent comme un nouveau né.”

Ce court extrait de la chanson du groupe montre leur engagement prononcé dans leur texte, qui ont fait la renommée du groupe.

OpinionWay, un institut de sondage français, a révélé qu’en 2011 75% de la population interrogée trouvait primordiale la phase de création d’une musique, et donc de la création et de la complexité des textes, montrant un réel rejet de la musique dite « commerciale » et sans vue politique. Ce chiffre semble cependant en baisse puisqu’un autre sondage réalisé cinq ans plus tôt par l’institut TNS Sofres annonçait que 81% de la population interrogée était particulièrement attentive à la phase de création (mélodie + textes).
Ces chiffres illustrent donc la tendance générale en augmentation qui vise à préférer des musiques grand public, sans réelle recherche dans les textes aux chansons engagées.

Ce même sondage montre, toujours en 2006, les préférences de la population interrogée. On peut remarquer ici que la musique française tient une place énorme, ce qui démontre l’attachement important à la culture française. Le rock, souvent engagé, se retrouve en seconde position et montre cette recherche d’une musicalité étudiée, dans les paroles ou le style. Cependant les genres récents tels que le rap, lui aussi souvent engagé, reste assez faible avec simplement 7% des voix, ce qui peut s’expliquer par la population généralement jeune à qui il s’adresse.

Ainsi, on remarque que l’engagement musical n’a pas disparu, loin de là, mais les succès dans l’univers de la musique semblent concerner de plus en plus de chansons dites « commerciales » que politiques. Malgré tout, l’engagement persiste et reste très présent dans la scène musicale.
Les thèmes abordés restent variés, et tous les avis politiques sont toujours représentés bien que, comme toujours, les chansons engagées semblent être légèrement plus à gauche qu’à droite.
Les sondages démontrent que les textes prennent toujours une place importante dans la musique actuelle, même si cette place semble diminuer.

II/ 1) Les années pacifistes en réaction aux nombreuses guerres : 1950 – 1989

Les années 50 à 90 ont été riches en musique engagée aux États-Unis à cause du contexte économique et politique de l’époque. Dans la période d’après-guerre, les États-Unis sont le seul pays à maintenir un niveau de vie acceptable puisqu’ils n’ont pas été directement touchés sur leur sol par la seconde guerre mondiale.
Cependant, cette phase prospère contraste avec le contexte diplomatique de l’époque puisque les Américains s’engagent alors dans la guerre du Vietnam et que les États-Unis sont un des deux piliers de la guerre froide, avec l’URSS.

C’est dans cette atmosphère guerrière que se développe massivement le genre musical engagé puisque la guerre du Vietnam était très critiquée par l’opinion publique, étant jugée comme inutile et injustifiée.

De plus, cette période est marquée par les protestations nombreuses contre la ségrégation encore forte dans le pays.
Cette situation de lutte raciale permet la naissance du « free jazz » (jazz libre, en anglais) qui est un mouvement musical découlant du jazz. Il est né aux États-Unis vers 1960, et même s’il se base sur le jazz il s’en distingue par beaucoup de critères, dont les instruments utilisés, le rythme pratiqué, la structure des morceaux et la relation entre les musiciens et le public.
En outre, le free jazz s’inspire également de beaucoup d’autres cultures et il est ainsi plus libre que le jazz dont il découle.
Les instruments sont utilisés avec beaucoup plus de liberté puisqu’on reproche même aux musiciens de ce genre de manquer de technique tant tous les sons possibles sont utilisés, même ceux qui semblent peu harmonieux ou ceux qui sont habituellement répertoriés dans les erreurs de note ou de pratique.

Le free jazz est un mouvement de protestation contre le racisme et il prône la lutte noire. Ainsi, il s’inspire de pratiques et de rythmes africains et le but est de « créer une musique si complexe que les blancs ne pourront pas la voler », pour reprendre les termes qui qualifient ce style.
Le but est également de moderniser la musique noire, ainsi que d’en libérer les discours, grâce à la liberté qu’ont les musiciens. Cette liberté musicale symbolise le climat politique et social de l’époque, où les droits pour l’égalité raciale commencent à apparaître et où les plaintes et revendications se multiplient.

Ce mouvement est étroitement lié au contexte social et politique auquel il appartient, car c’est durant les années 60 qu’il voit le jour (en même temps que le mouvement hippie et que l’émergence de Martin Luther King) et on peut clairement faire le rapprochement entre la lutte anti-racisme de ce mouvement et la lutte pacifiste des hippies. En 1965, Archie Shepp disait par exemple :
« Pour les musiciens free, la part politique de leur musique semble aller de soi. »

Les figures emblématiques du free jazz sont Ornette Coleman (un trompettiste, saxophoniste, violoniste et compositeur américain) qui est considéré comme le précurseur de ce mouvement avec ses albums « Tomorrow is the question » ou encore « Something else » en 1959. On retrouve également Eric Dolphy (ci-contre en photographie) qui est lui aussi un musicien américain qui s’est largement inscrit dans le mouvement du Free jazz.

Les années 60 et 70 ont également été marquées par l’arrivée du mouvement anti-militariste hippie aux États-Unis. On considère qu’il est né en 1965, avec des groupes comme par exemple The Doors, The Beach Boys, Joe Country and the fish ou The Turtles, et l’émergence des chanteurs tels que Bob Dylan, Janis Joplin ou encore Jimi Hendrix qui participent à la légende hippie.

Ce mouvement se caractérise par une déviation totale des conventions de l’époque et une protestation contre les valeurs militaristes qui étaient en vigueur dans ces années. Il est dans la continuité du mouvement Beatnik de l’après-guerre.
C’est un mouvement de contre-culture qui s’est par la suite grandement diffusé dans le reste du monde. Il rejette également les valeurs de la société de consommation et se trouve dans une logique pacifiste. On retrouve énormément de chansons engagées aux États-Unis à ce sujet, comme par exemple en 1970 la chanson Eve Of Destruction interprétée par The Turtles, qui dénonce le militarisme américain :

« The eastern world, it is explodin’.
Le monde oriental est en train d’exploser
Violence flarin’, bullets loadin’
La violence s’embrase, les balles sont dans le chargeur
You’re old enough to kill, but not for votin’
Tu es assez vieux pour tuer, mais pas assez pour voter
You don’t believe in war, but what’s that gun you’re totin’
Tu ne crois pas en la guerre, pourquoi transportes-tu ce canon ?
And even the Jordan River has bodies floatin’
Et même sur le fleuve Jourdain flottent des cadavres »

On remarque ici que l’auteur de la chanson (P.F Sloan) montre le paradoxe entre la limite d’âge pour rentrer dans l’armée comparée aux autres droits des Américains de l’époque. On y voit une critique typique du mode de fonctionnement américain, où on dénonce la logique guerrière de l’époque, pendant laquelle le pays était très engagé dans la guerre du Vietnam, guerre considérée comme inutile par une grande partie de la population. (comme par exemple la célèbre phrase de Phil Ochs « I know you’re set for fighting but what are you fighting for? » (Je sais que tu es prêt à te battre, mais pourquoi combats-tu?))

Bob Dylan a composé la chanson « Blowin’ in the wind » qui est devenue l’hymne de protestation hippie. Derrière l’apparence naïve et enfantine de la chanson, avec les nombreuses questions assez simplistes posées, on retrouve un réel fond politique et engagé justement véhiculé par la simplicité de la chanson.

Yes, and how many times must the cannon balls fly
Oui, combien de fois doivent tonner les canons
Before they’re forever banned?
Avant qu’on ne les bannisse à jamais ?
[…]
How many times must a man look up
Combien de fois un homme doit-il regarder en l’air
Before he can see the sky?
Avant de voir le ciel?
Yes, ‘n’ how many ears must one man have
Oui, combien d’oreilles un homme doit-il avoir
Before he can hear people cry?
Avant qu’il puisse entendre pleurer les gens ?
Yes, ‘n’ how many deaths will it take till he knows
Oui, combien de morts faut-il avant qu’il comprenne
That too many people have died?
Que trop de personnes sont décédées ?”

Cette chanson, moins directe que celle de Sloan dénonce pourtant le même système militariste et a été reprise de nombreuses fois (notamment dans une version française “Écoute dans le vent” de Richard Anthony). Ses paroles sont à l’image du pacifisme d’une partie de la population américaine et de la protestation envers la prétendue hypocrisie du gouvernement américain face à la guerre.

Une des figures politiques emblématiques du mouvement hippie est évidemment Martin Luther King Jr. Cet homme politique protestant en la faveur des droits des afro-américains était grandement admiré par la population hippie car il était porteur des messages pacifistes qu’ils prônaient alors. Lors de la « Marche vers Washington pour le travail et la liberté » en 1963, où Martin Luther King prononça son très célèbre discours « I have a dream », Bob Dylan ainsi que d’autres figures hippies se produisirent en chantant leurs chants pacifistes (Bob Dylan avec son « Only a pawn in their game » par exemple).
De même, Gandhi était grandement admiré par les hippies pour ses valeurs pacifistes et anti-militaristes.

De plus, du mouvement hippie a démarré un mouvement « yippies », mouvement beaucoup plus marqué politiquement puisque celui-ci est devenu un parti politique à part entière, le « youth international party » (le parti international des jeunes), un parti d’extrême gauche anti-autoritaire. Ses membres se battaient contre le racisme et la guerre du Vietnam grâce à des méthodes novatrices qui firent leur renommée, puisqu’ils allèrent jusqu’à poser la candidature d’un cochon nommé Pegasus aux élections présidentielles de 1968.
Une autre des valeurs hippies était la promotion de la liberté sexuelle, sujet extrêmement sensible à l’époque et c’est le mouvement hippie qui a encouragé l’utilisation de contraceptifs ou encore de l’avortement, qui allaient complètement à l’encontre des valeurs sociales (que ce soit les mœurs de la population ou les discours politiques) de l’époque où le conservatisme était largement dominant.

Cependant ce mouvement hippie finit par se désagréger car les produits qui en découlaient furent au final de grands succès commerciaux, ce qui allait donc à l’encontre de leur idéologie même. De plus, certains scandales donnèrent une mauvaise image du mouvement hippie à la population et il prit fin dans les années 70.
En réponse à ce mouvement pacifiste est né le mouvement punk, dans les années 70 aux États-Unis. Il se veut contestataire voire provocateur et de nombreux groupes se sont illustrés en protestant contre le système de l’époque.

On admet le mouvement punk comme un mouvement globalement anarchiste, bien que cela ne remette en rien en question la portée politique de ce mouvement. Les punks souhaitent passer outre l’État qui selon eux prive le citoyen, et ils tentent ainsi d’établir une société meilleure fondée sur l’individualisme.
De plus, des mouvement punks sont pour beaucoup impliqués dans la lutte pour le végétarisme et la protection des animaux, tout comme celle pour la protection de l’environnement.

On retrouve également énormément de chansons anti-fascistes dans les chansons du mouvement punk, les groupes punks ayant largement déclaré leur opposition à ces partis d’extrême droite. Dans une chanson du groupe américain Anti-Flag intitulée « You’ve got to die for the government » on voit une claire opposition au gouvernement américain et à sa politique militariste :

First World War veterans slaughtered, by General Eisenhower
Les vétérans de la première guerre mondiale massacrés par le général Eisenhower
You give them your life, they give you a stab in the back
Tu leur donnes ta vie, ils te poignardent dans le dos
[…]
I never have, I never will
Je n’ai jamais fait et je ne ferai jamais
Pledge allegiance to their flag
Allégeance à leur drapeau
You’re getting used, you’ll end up dead!
Tu te fais utiliser, tu finiras par en mourir
You’ve gotta die, gotta die, gotta die for your government?
Tu dois mourir, mourir pour ton gouvernement ?
Die for your country? That’s shit!
Mourir pour ton pays ? Conneries !”

Ainsi, même si ce mouvement est en opposition totale avec le mouvement hippie on retrouve les mêmes volontés pacifistes qui se présentent cette fois-ci sous une forme plus agressive et plus directe que le mouvement hippie.

Cependant, malgré cet anti-fascisme majoritaire on retrouve des groupes punk racistes prônant le « white power » comme le groupe des Electric Eels dans les années 70 aux États-Unis qui portaient des insignes nazis et des messages racistes sans toutefois qu’on puisse savoir avec certitude si ce n’était que de la provocation ou un réel message raciste. Ainsi, Mike Weldon disait à propos de ce groupe :

« En 1974, ils portaient des t-shirts avec des messages insultants, des logos du White Power et des svastikas. C’était offensif et ils voulaient être offensifs. Ils voulaient distraire les gens, mais je ne pense pas qu’ils étaient exceptionnellement racistes. Ils étaient exécrables et outranciers. »

Ces années marquent donc un engagement politique fort dans la musique, dans énormément de genres différents. Ce climat de tension et d’expansion économique a grandement favorisé les prises de parole et l’engagement a été majoritairement à l’encontre du pouvoir en cours, et généralement en faveur de l’égalité des droits.

2) La musique engagée actuelle : 1990 – 2012

Tout comme pour la France, l’engagement musical aux États-Unis semble avoir fortement diminué depuis la fin des années 80.

Selon certains, cette diminution de l’engagement musical est due à la peur de la censure qui peut se montrer très forte, et le besoin latent de créer des œuvres qui seront reconnues par les médias et par le public, faisant ainsi beaucoup de bénéfices, plutôt que de faire des œuvres à texte qui seraient critiquées.

Comme exemple de la censure suite à un engagement politique, on peut citer les Dixie Chicks, qui ont vu leurs chansons être fortement censurées aux États-Unis suite à une phrase d’une des trois membres, Natalie Maines.

Ce groupe, fondé en 1989 et originaire du Texas, s’est retrouvé critiqué et méprisé après que Natalie aie dit lors d’un concert au Royaume-Uni à propos de la guerre en Irak, en 2003 :

« Juste pour que vous sachiez, nous sommes du bon côté tout comme vous. Nous ne voulons pas de cette guerre ni de cette violence, et nous avons honte que notre président soit originaire du Texas. »

Suite à cette phrase, les radios bannirent les chansons du groupe de leurs antennes, deux présentateurs radio se retrouvant même renvoyés pour avoir passé une chanson des Dixie Chicks. Malgré les excuses publiques prononcées par la jeune femme sur son site internet, les critiques ne cessèrent pas et les jeunes femmes eurent du mal à convaincre à nouveau leur audience. Le public country qu’elles visaient auparavant les a pour la plupart abandonnées, outré par ces paroles.

Dans cette vidéo, nous pouvons remarquer les réactions très fortes de certains à l’encontre du groupe.

“Les Dixie Chicks rôtiront [sous-entendu, en enfer]

“Elles devraient se faire tirer dessus pour avoir dit quelque chose comme ça.”

Bruce Springsteen, le célèbre musicien américain, prit position en faveur des Dixie Chicks, tout comme Merle Haggard, un grand nom du monde de la country.
À ce sujet, Merle Haggard parla d’une « chasse aux sorcières » et d’un « vrai lynchage ». Malgré l’intervention du président américain George Bush qui déclara alors ne pas prêter attention à ce qui avait été dit sur lui, la censure envers le groupe ne diminua pas puisque ses membres reçurent même des menaces de mort lors d’un concert aux États-Unis, créant ainsi une réelle peur chez les artistes.

Toutefois, ce groupe est également un exemple d’engagement politique très fort puisqu’il a participé à l’institution appelée Rock The Vote, qui a pour but aux États-Unis de motiver la population jeune du pays à aller voter et à s’engager politiquement. Pour y parvenir, cette association utilise la musique comme arme pour inciter les jeunes à aller voter. Des artistes comme Janet Jackson, Justin Timberlake, Will.i.am, Madonna ou encore les Ramones se sont investis dans cette action en apparaissant publiquement pour la soutenir.


Cette organisation n’est pas la seule à prendre part politiquement et musicalement aux États-Unis de nos jours puisque les Dixie Chicks ont également pris part à la tournée intitulée « Vote for change » aux États-Unis en 2004 pour encourager les votes pour John Kerry et contre George Bush. Cette tournée a eu pour intervenants des artistes comme Pearl Jam, Bruce Springsteen, Tracy Chapman ou encore Neil Young.
Au sujet de Rock The Vote, Julien Demets,journaliste français et auteur de « Rock et politique, l’impossible cohabitation » parle d’une grande désapprobation du public, qui n’appréciait pas que Springsteen lui dise quoi voter ou quoi faire. C’est selon Julien Demets le souci avec la musique engagée actuelle, qu’il trouve dénuée de sens, particulièrement concernant la musique rock. Selon lui, le rock a pour racine d’être « crétin » et donc sans aucune visée politique.

Le rock engagé actuel pour lui a beaucoup moins une portée musicale que politique puisqu’on assiste à des interventions sérieuses et construites de la part de certaines personnalités rock comme par exemple Bono, le chanteur du groupe de rock U2 qui a lancé une pétition pour remédier à la famine en Afrique à l’occasion du G20 en début 2011, se détachant ainsi du monde musical.
La musique engagée actuelle contraste ainsi énormément avec la musique engagée du milieu du 20ème siècle, puisque nous n’assistons plus à de grandes manifestations musicales mais plutôt à des interventions politiques précises de la part d’artistes. De même, le style musical utilisé a changé puisqu’aujourd’hui le hip-hop et le rap prennent une place très importante du marché musical et de l’engagement politique qui en découle.

Comme exemple de groupe engagé dans l’univers du hip-hop et du rap, on peut citer le groupe Public Enemy qui est connu pour s’être engagé politiquement dans plusieurs de leurs chansons.
C’est un groupe de hip-hop originaire de New York, fondé en 1982. Leur slogan, « Make love, fuck war » est connu, parodiant le célèbre « Make love, not war. » anti-militariste. Ils ont un engagement très fort dans la cause des Afro-américains.
Dans leur chanson « Fight the power » par exemple, on peut entendre :

Cause I’m Black and I’m proud
Parce que je suis noir et fier
I’m ready and hyped plus I’m amped
Je suis prêt et surexcité
Most of my heroes don’t appear on no stamps
La plupart de mes héros n’apparaissent sur aucun timbre
Sample a look back you look and find
Tente un regard en arrière, tu regardes et tu ne trouves
Nothing but rednecks for 400 years if you check
Rien d’autre que des péquenots depuis 400 ans, si tu y prêtes attention.”

Toutefois cet engagement ne provient pas que des artistes, puisque des hommes politiques se servent depuis toujours de la musique pour faire passer leur message. Ainsi, pour sa campagne de 2008 Barack Obama était soutenu par divers musiciens tels que Bruce Springsteen, Nas, et beaucoup d’autres personnalités du monde du cinéma ou de la télévision.

De même, son discours aux primaires démocrates du New Hampshire, connu grâce au slogan « Yes We Can » a été repris dans une chanson qui l’illustrait en musique, et où de très nombreuses célébrités faisaient leur apparition.

On peut ainsi dire que ces années sont plus complexes que les précédentes car l’engagement politique dans la musique y est différent, à la foi repoussé et envié. Certains artistes s’illustrent pour leur engagement politique tandis que d’autres se font rejeter pour celui-ci, et on remarque une réelle évolution dans le mode de pensée de chacun.